Gabrielle Hautemer – Les suivantes d’Artémis

Bonjour Gabrielle, je te remercie tout d’abord d’avoir accepté de m’accorder cette interview. Elle sera porter sur ton roman que j’ai vraiment adoré.

  • Pour commencer, peux-tu te présenter à nos lecteurs s’il te plaît ?

J’ai 53 ans, je travaille dans l’éducation, je suis mariée à une femme extraordinaire et nous vivons à la campagne, entourées d’animaux. C’est une sorte de « seconde vie », après des années à barouder à l’étranger. C’est d’ailleurs à cette période-là, alors que je vivais à Berlin, que j’ai écrit « Les suivantes d’Artémis ».

  • Parle-nous un peu de ton roman.

L’histoire se situe en 2004 à Berlin, dans un contexte d’attentats visant des lieux fréquentés par les homosexuels. Par ailleurs, des disparitions de femmes sont signalées, toutes lesbiennes. Les destins de plusieurs femmes se croisent, mêlant leurs enquêtes et leurs combats, pour retrouver les personnes disparues. Petit à petit, le lien avec les attentats devient plus net. Le voile se lève alors sur le plan délirant d’un esprit torturé pour assouvir une vengeance personnelle.

  • Pourquoi as-tu choisi d’écrire un roman policier ?

Le style, comme l’histoire, c’est imposé tout seul. Je voulais écrire une histoire centrée sur le milieu lesbien à Berlin, avec des femmes fortes, courageuses, indépendantes. Qu’allait-il leur arriver ? Une image s’est formée, celle de l’explosion de la devanture d’un café. J’ai passé quelques semaines à imaginer ce qui s’était passé avant l’explosion, avant de me mettre à écrire, sans avoir la trame complète.

  • Pourquoi ce genre d’enquête ? Ce n’est pas un sujet facile à écrire si ?

Honnêtement, l’enquête n’est qu’un prétexte. Cela peut paraître provocateur de l’affirmer. Je voulais raconter l’histoire d’une communauté, tenter de rendre le plus fidèlement possible l’énergie, la vitalité, la pugnacité des lesbiennes berlinoises. Je voulais peindre un tableau vivant.

Puis-je me permettre une digression ? « Les suivantes d’Artémis » est structuré comme un jeu de rôles. J’ai été rôliste pendant des années. Mon jeu préféré s’intitule « Ars Magica », et met en scène des personnages bannis de la société (parce que mages, sorcières, ou tout autre « ex-centrique ») réunis en une « Alliance » (leur lieu de vie commun, mais aussi leur lien de solidarité). Lorsqu’on conçoit un scénario, c’est toujours l’Alliance qui est au centre du récit. La communauté est le personnage principal et l’intrigue évolue autour. Artémis est élaboré sur le même principe.

… Je n’ai pas répondu à la question, je sais 🙂

  • As-tu (attention question piège) un personnage préféré dans ton roman ?

Je vais te confier un secret. L’un des personnages réside à l’adresse où je vivais : Karlstraße 9, dans le quartier de Köpenick. Est-ce que cela répond à ta question ? 😉

  • Y a-t-il une nouvelle enquête en cours d’écriture ou un autre style de roman ?

Hélas non, et cela me désole ! Je suis bloquée depuis plusieurs mois. J’ai une nouvelle presque terminée (une romance), mais elle ne me plaît pas et je ne parviens pas à la remanier. Par ailleurs, mes chantiers de romans ont subi les revers de l’actualité : je voulais écrire un nouveau roman policier se passant à Kiev durant la révolution de Maïdan fin 2013 (j’y étais) ; cela me paraît impensable de l’écrire avec ce qui se passe à présent en Ukraine. J’avais aussi une trame bien avancée d’un roman steam-punk se déroulant à Saint Petersbourg, étroitement lié à l’histoire de la ville, ce qui ne me permet pas de le situer ailleurs. Mon épouse étant Ukrainienne, je n’ai plus vraiment envie de mettre la Russie à l’honneur dans mes récits. Enfin, j’avais envisagé une suite à ma nouvelle « Le droit d’aimer », avec la communauté lesbienne de Géorgie ; or, mes personnages sont des têtes de mules qui s’évertuent à vivre oisivement dans ma tête, sans que la moindre brise d’aventure ne vienne les effleurer. Peut-être qu’un jour, elles finiront par se lever de leur canapé…

  • Pourquoi avoir choisi la maison d’édition Reines de cœur pour publier ton livre ?

J’en avais entendu parler par une amie qui est autrice chez elles, Sylvie Géroux. Elle me disait beaucoup de bien de R2C, décrivant une ME chaleureuse, attentionnée et engagée. En découvrant les titres et résumés des collections, j’ai su que j’étais « à la maison ».

  • Une collègue R2C dont tu apprécies les romans ?

La vraie question piège, c’est celle-là ! 🙂 Il très difficile de faire un choix parmi tant d’autrices aussi talentueuses. Je peux en citer deux ? Fanny Mertz et Sylvie Géroux. Fanny pour sa poésie fantasque, et Sylvie pour son humour et ses aventures à couper le souffle.

  • Pour finir, un petit mot pour nos lecteurs ?

Oui, bottez-moi les fesses pour que je me remette au clavier ! Bientôt, je ne pourrai plus évoquer la canicule pour prétexter qu’il fait trop chaud pour travailler 🙂

Résumé:

Berlin, quartier de Kreuzberg, le souffle d’une violente explosion emporte la devanture d’un café lesbien.

Au même moment, Franka Grindberg, journaliste au Berliner Zeitung est rongée par l’inquiétude. Sa compagne Annette est introuvable. Après une nuit de recherches infructueuses, elle se décide à signaler sa disparition.

Au poste de police, la commissaire Claudia Wolfsmann enregistre la déposition. Le sérieux avec lequel l’enquêtrice traite la disparition d’Annette intrigue Franka. La journaliste comprend rapidement que plusieurs femmes lesbiennes ont été portées disparues ces dernières semaines.

L’explosion du café et les disparitions ont-elles un lien ? La commissaire Wolfsmann et Franka en sont persuadées. Le temps presse, la communauté LGBT est en danger et le nombre de victimes ne cesse d’augmenter…

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