Bonjour l’équipe Reines de coeur, merci de m’accorder de votre temps en répondant à ses quelques questions. C’est un plaisir de travailler sur ce nouveau projet avec vous.
- Pour commencer j’aimerais bien une petite présentation de vous et pourquoi pas permettre aux lecteurs/lectrices de mettre un visage sur vos noms?

Isabelle: Bonjour à toi et à toutes. Merci beaucoup de nous proposer cette interview. On est très touchées et on va essayer de ne pas trop être bavardes, même si ça risque d’être dur. Je m’appelle Isabelle, j’ai bientôt 38 ans, je suis originaire de Haute-Loire et je suis entrée à l’école d’infirmière à 18 ans, juste après le bac. J’en suis sortie diplômée à 21 et à moi la vie lyonnaise !
Gaëlle: Et voilà, elle part déjà dans tous les sens, arrêtez-la ! Moi, c’est Gaëlle, j’ai 36 ans, je suis née en Bretagne donc je suis Bretonne, mais ma mère était Parisienne et mon père est Basque. Un mélange improbable. Je suis diplômée en marketing et communication. Donc, plus sérieusement, voici une photo de nous trois. Une des rares où on est toutes ensemble. Elle a été prise lors de la Y/Con en 2019. On n’a pas plus récent à cause de la pandémie. À gauche, Isabelle, la plus bavarde de nous trois. Au centre, c’est moi. À droite, Edwine.
Edwine: Vous notez comme on a mis Gaëlle au milieu pour ne pas donner l’impression de faire les Daltons à cause des différences de taille… Et moi c’est Edwine, j’ai 33 ans, je suis d’Antibes, mais j’ai quitté la France pour le Canada il y a plus de 7 ans et le soleil me manque ! De mon côté, j’ai un master 2 en philosophie.
Isabelle: J’aurais dû aller chez le coiffeur avant cette convention si j’avais su que cette photo illustrerait un jour une interview. Cette frange est horrible !
- Laquelle de vous trois a eu l’idée première de lancer la maison d’édition ? Comment ça s’est passé ? Une petite anecdote à nous confier ?
Isabelle: Je pense que c’est venu d’Edwine.
Edwine: Je ne me souviens pas.
Gaëlle: En fait, c’est parti d’une discussion anodine. Isabelle avait repris des études en cours du soir pour apprendre à créer et gérer un site web. On discutait toutes les trois d’un roman qu’on avait lu, enfin je crois. J’ai des doutes.
Isabelle: Si, c’est ça. Et ça se finissait encore sur un personnage lesbien qui mourait à la fin. Et Edwine a dit « Ben on n’a qu’à créer notre propre maison d’édition ».
Edwine: Oui, enfin dans le contexte, ça ressemblait un peu à une blague. Je ne pensais pas qu’à la fin ça donnerait ça.
Gaëlle: On a aimé l’idée. C’était une bonne idée !
- Pourquoi le nom Reines de cœur ? Laquelle de vous l’a proposé ? Vous rappelez vous des différents noms en compétition avec celui-ci ?
Isabelle: Gaëlle avait écrit un super article sur le sujet, il y a des années, sur le blog ! Presque 6 ans, au début de la maison d’édition : https://www.reinesdecoeur.com/reines-de-coeur-ou-le-choix-cornelien-du-nom-dune-maison-dedition/ Je vous donne le lien si vous voulez le lire.
Gaëlle: Enfin c’est quand même mieux d’expliquer ici.
Edwine: Oui, parce que j’adore cette histoire et que je veux placer le seul autre nom dont on se souvient qu’on avait finalement écarté… Vas-y, Gaëlle, raconte.
Gaëlle: Quand on a trouvé, c’était lors d’un Skype, un dimanche matin, en pyjama, comme on n’habitait pas du tout à côté, à l’époque et que c’est encore pire aujourd’hui qu’Edwine vit au Canada. Ça ne ressemblait à rien. Avec Isabelle on était assises par terre, on avait pris une immense nappe blanche en papier où on avait noté les meilleurs noms issus des listes qu’on s’était envoyées pendant des semaines. Rien ne nous plaisait, rien ne fonctionnait.
Isabelle: Tu as oublié de dire qu’Edwine ne voyait rien à ce qu’on écrivait sur la nappe parce qu’on n’avait qu’un petit stylo bille et pas de super caméras.
Gaëlle: Bien sûr, c’est toi qui m’interromps, comme d’habitude. Donc, je reprends. On a procédé par recoupements d’idées entre livres et lesbiens et femmes. Ça ne donnait rien. Tellement ça durait et qu’on n’y arrivait pas, à un moment donné on est parties dans notre délire et ça a donné un titre en anglais totalement fou…
Edwine: Books and Boobs ! J’adore le placer. Des livres et des seins. Ou plutôt, « des livres et des tétés » si on suit l’argot anglais. Aucune autrice ne nous aurait jamais suivies avec un nom pareil. Et dire qu’on a failli, vraiment failli le faire.
Gaëlle: C’était n’importe quoi. Bref, à un moment donné on a trouvé Dames de Cœur. Isabelle et Edwine étaient assez séduites sauf que ça existait déjà. Une recherche sur l’INPI nous a calmées, la marque était déposée dans de nombreuses classes. On a choisi de garder la base et de trouver quelque chose de proche et on a déniché Reines de Cœur.
Isabelle: Et bam, ça a fait des Chocapic !
Edwine: On peut la virer, si vous voulez, et continuer sérieusement que Gaëlle et moi. (rires)
- Qu’elle fut votre plus grosse peur en créant cette maison d’édition ?
Isabelle: Que les histoires « feel good » qu’on aime n’intéressent que nous.
Gaëlle: Que le public soit trop restreint et la demande trop faible.
Edwine: Qu’on soit trop ambitieuses et qu’on n’arrive pas à convaincre les autrices.
Gaëlle: Je suis admirative de la concision de ces réponses.
Edwine: Il faut le noter, on a été assez claires sur ce coup.
Isabelle: Je n’aime pas m’arrêter sur mes peurs, sinon je fais rien. C’est pareil pour vous donc pour une fois, on a fait court.
- Et au contraire votre plus grand bonheur ?
Edwine: Tout ! On a le droit de dire tout ?
Gaëlle: On a l’impression que tu as appuyé sur un buzzeur pour répondre en premier le plus vite.
Isabelle: Quand même, on peut pas dire tout, il y a la comptabilité.
Edwine: On peut dire tout sauf la comptabilité ?
Gaëlle: Et les colis perdus par la Poste !
Edwine: OK, donc tout sauf la comptabilité et les colis perdus par la Poste. Le tout comprenant le contact avec les autrices, le contact avec les lectrices, le retravail des tapuscrits, les échanges dans tous les sens avec tout le monde…
Gaëlle: Développer un site plus performant à l’écoute de vos demandes, faire des vidéos et des visuels et discuter sur les réseaux sociaux, savoir que vous aimez les histoires et les couvertures…
Isabelle: Me faire un peu engueuler quand je ne fais pas de puzzle parce qu’en fait vous aimez ça ! Améliorer notre organisation, nos processus de retravail, de correction, d’impression…
Edwine: Tout quoi !
- Pouvez-vous nous parler du rôle de chacune ? Avez-vous un local spécial pour les romans ou sont-ils stockés chez l’une de vous ?
Edwine: Côté répartition des tâches et du travail, je m’occupe du travail éditorial. Je suis en lien avec les autrices du début à la fin du processus et je travaille avec elles à l’amélioration de leurs romans ou de leurs nouvelles. L’objectif du travail éditorial est de gommer les tics de langage, les problèmes de syntaxe, les erreurs d’expression, etc.
Gaëlle: De mon côté, je m’occupe de la communication. Je crée les visuels, les vidéos, je poste sur les réseaux sociaux. C’est moi aussi qui écris les résumés, parce qu’Edwine et Isa sont un peu trop bavardes et une quatrième de couverture se doit d’être un minimum concise.
Isabelle: Je suis celle derrière le site (les articles toutes les semaines, c’est moi) et la gestion des commandes papier. Enfin Gaëlle m’aide bien pour les commandes papier, tous les soirs, on fait ça ensemble. Après je fais aussi une partie du travail éditorial, je réponds aux questions/demandes des clientes et clients sur le site, le SAV par exemple et je travaille en collaboration avec Gaëlle sur la création des couvertures des histoires. Concernant ta question du stockage, Emily, les locaux de Reines de Cœur sont chez nous. Donc les livres sont à notre domicile, à Gaëlle et moi. Tu m’as demandé une photo, en voici une du fameux « bureau » Reines de Cœur. On notera les cartons et les piles de livres. Tout ne rentre pas dans le placard. Et avec les dernières sorties, les cartons s’empilent…
Edwine: Et j’ai aussi fait une photo de mon bureau à Whitehorse au Canada. J’ai aussi une pièce dédiée de mon côté.





- Avez-vous, toutes, un autre emploi à côté ? N’est-ce pas trop dur d’allier les deux ? Si vous avez un autre emploi à côté, comment faites-vous pour consacrer du temps à votre maison d’édition ?
Gaëlle: Nous avons toutes un emploi à côté, oui. Moi à 100 % dans une start-up où je suis responsable marketing, Edwine à 80 % dans une association LGBT et Isabelle à 60 % en tant qu’infirmière de recherche. Réussir à jongler entre les deux est un équilibre, il faut le reconnaître. Mais Reines de Cœur a la chance d’être un métier passion pour nous.
Edwine: L’important est effectivement de parvenir à se dégager du temps, en soirée et les week-ends pour avancer sur les projets chronophages. Le travail éditorial demande énormément de concentration et nécessite en conséquence beaucoup de temps.
Isabelle: Sans compter les emails à toutes les heures du jour et de la nuit des personnes qui n’ont pas acheté le bon format de livre ou qui ont acheté une histoire en double et souhaitent un remboursement. On essaie d’être les plus réactives possibles et de traiter les demandes dans les 24 h.
- Est-ce que vous vous rappelez du premier roman lu et édité dans votre maison d’édition ?
Isabelle: En fait, les premiers romans étaient des fanfictions. Nous sommes tombées amoureuses du travail de Clémence Albérie et Virginie Rousseau qui avaient toutes les deux publié des fanfictions et nous les avons contactées. À l’époque, on n’avait pas de site internet, on créait tout juste la maison d’édition. Elles nous ont fait confiance et on ne les remerciera jamais assez pour cela.
Edwine: Tout à fait. On a toujours été de grandes lectrices, toutes les trois et il nous manquait des livres qui nous parlaient et nous ressemblaient vraiment. On ne se retrouvait pas dans ce qui était disponible. Les fanfictions nous ont permis de très belles rencontres et ont permis l’émergence de nouvelles autrices lesbiennes francophones. Ce n’est pas rien ! On a aussi eu la chance d’avoir un réseau interne et de pouvoir proposer entre autres un roman de Marie Parson pour lancer notre catalogue.
Gaëlle: Le plus drôle, c’est quand on a découvert qu’Axelle Law, Lena Clarke et d’autres autrices rencontrées grâce à nos concours de nouvelles étaient aussi des autrices de fanfictions. Comme quoi, commencer l’écriture en se faisant plaisir a du bon !
- Votre livre coup de cœur de votre catalogue ? (Un seul chacune s’il vous plaît)
Gaëlle: Nous ne pouvons pas vraiment répondre à cette question…
Edwine: C’est comme si vous demandiez à une mère de choisir entre ses enfants…
Isabelle: Ce n’est pas possible pour nous.
Gaëlle: Tous les livres que nous avons publiés, nous les aimons. Pour des raisons différentes, mais avec une seule certitude…
Isabelle: Ils nous ont touchés.
Edwine: Quand on les a lus, les autrices nous ont transportées dans leur univers, on a compris leur propos et on a eu envie de leur donner la possibilité de s’exprimer à plus grande échelle.
Isabelle: Mais j’ai pleuré en lisant « Aimer n’est pas Jouer ».
Edwine: Et j’ai passé une nuit presque blanche pour terminer « Blood Moon L’Éveil ».
Gaëlle: Hé ! On a dit qu’on ne choisissait pas ! Moi je n’ai vraiment pas de préféré, j’aime tout le monde pareil ! Mères indignes !
- À la date du jour, combien de livres sont en cours de lecture et d’approbation pour être sortis ?
Isabelle: Je viens d’aller compter. Du coup, nous avons plusieurs dizaines de livres en attente de lecture. Ce sont des soumissions spontanées que nous devons découvrir.
Edwine: Côté calendrier éditorial des romans approuvés en attente de publication, nous avons 12 romans.
Gaëlle: Et nous n’avons pas compté la prochaine sortie, « Quand Camille Rencontre Oli ». L’année 2021 est déjà bien chargée, nous sommes en train de finaliser les sorties pour 2022.
- Pensez-vous participer ou faire d’autre salon pour R2C ?
Gaëlle: Nous en rêvons. Cette année a été difficile et longue pour tout le monde. Nous pouvons même dire ces deux dernières années, si nous sommes honnêtes. La difficulté reste l’organisation et la préparation.
Isabelle: On a le sentiment qu’il n’y aura peut-être pas de nouvelle édition du salon du livre lesbien à Paris. Les bénévoles étaient très investies, peut-être trop, et elles se sont épuisées à rendre cet événement incontournable.
Edwine: Du coup, on réfléchit à créer quelque chose de notre côté, mais c’est compliqué, ça demande du temps, de l’énergie. Et notre travail premier reste d’éditer des livres, pas de donner vie à des salons d’ampleur.
Gaëlle: Donc pour le moment on attend de voir comment la situation sanitaire évolue et on réfléchit à tout cela.
- Seriez-vous prête à faire des Lives sur Facebook pour nous parler de votre maison d’édition et répondre aux questions des lectrices ?
Edwine: Avec plaisir, s’il y a de la demande.
Gaëlle: Oui, voilà, il faut que ça intéresse, mais bon, on croit en la force de la #R2C Family.
Isabelle: Et puis, on préfère mettre les autrices en avant que nous.
Gaëlle: Mais j’ai quelques idées sur le sujet. Pour ne rien te cacher on réfléchit à des formats vidéos et plus interactifs avec les autrices qui voudraient bien jouer le jeu !
Encore une fois mille mercis de m’accorder de votre temps et j’espère pouvoir vous interviewer une autre fois avec plein de nouvelles questions.